Cabinet de psychothérapie analytique à Paris centre

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2019 - Article Cassiopée Formation - Les bienfaits du Jeu de sable - Lire l'article

2019 - Entretien Ouest-France - Pourquoi danser fait du bien au moral ? - Lire l'entretien

2018 - Émission RTL - Pourquoi danser rend-il plus heureux ? - Écouter l'émission

2014 - Interview REZOZEN - Go Dancing ! - Lire l'interview

2013 - Interview La Lettre de l'UNAFAM - De l'art brut à la danse-thérapie - Lire l'interview

Les bienfaits du Jeu de sable

Article paru le 27 juin 2019 sur le blog de Cassiopée Formation
 Texte rédigé par Matthieu Mares

«  Les hommes de demain tireront leurs forces du parquet de leur nursery.  » En publiant, en 1911, le livre Jeux de parquet , récit des heures de jeux libres partagés avec ses deux fils, Herbert George  Wells (1866-1946), célèbre auteur britannique, ne se doutait sans doute pas qu’il ouvrait la voie au développement d’un véritable dispositif thérapeutique, adapté aux enfants comme aux adultes et adolescents.


Origines du Jeu de sable


Le Jeu de sable a pour origine les travaux de recherche de la pédopsychiatre britannique Margaret  Lowenfeld (1890-1973), directement inspirée par les récits de jeux de H. G. Wells. Dès 1928, celle-ci élabore une approche thérapeutique novatrice  : la Technique du monde ; approche aussi connue sous le terme de « Magic Box », surnom spontané donné par les enfants qu’elle recevait en consultation. Les principes des jeux initiaux sont simples : mettre à la disposition des enfants une multitude d’objets miniatures et de plateaux de bois de différentes dimensions afin qu’ils puissent donner libre cours à leur imagination, construire un univers, ou bien partir à la découverte d’un monde créé par un autre. M. Lowenfeld remplacera avec le temps les plateaux de jeux par des bacs remplis de sable et mettra à disposition des enfants, en plus des figurines et jouets, toute une collection d’objets miniatures de toutes sortes. Ceci dans le but de permettre aux plus jeunes de s’exprimer et aux adultes d’avoir accès à leur univers intime.


En 1954, la Technique du monde éveille l’attention de la thérapeute d’enfants Dora Maria Kalff (1904-1990), d’origine suisse, formée à l’Institut Carl Gustav Jung de Zurich, qui part l’année suivante se former à Londres auprès de M. Lowenfeld. À partir de la fin des années 1950, D. M. Kalff revisite et enrichit l’approche de sa prédécesseur en y intégrant les concepts de la Psychologie Analytique (C. G. Jung & E. Neumann). Elle intitulera sa méthode : la Thérapie par le Jeu de sable.


Bien que la Technique du monde de M. Lowenfeld ait inspiré de nombreux thérapeutes à travers toute l’Europe dès le début des années 1940 ; c’est l’approche développée par D. M. Kalff qui est actuellement la plus couramment utilisée dans le monde.


Le Jeu de sable en thérapie


Comme souvent, le jeu devient vite un formidable révélateur. Le praticien s’appuie tout d’abord sur le caractère non verbal et créatif du dispositif pour permettre à l’inconscient du consultant de s’exprimer de façon plus subtile et profonde que par la parole. On sait que la verbalisation se tarit là où commence le territoire des images, des sensations, des émotions ou encore des intuitions. Les scènes qui émergent des jeux de sable du consultant rendent donc compte de toute la complexité de son monde psychique, affectif et somatique.


Les histoires élaborées par le consultant sur le sable, vont lui permettre d’exprimer sa problématique inconsciente, d’en prendre pleinement connaissance et d’y faire face avant d’agir sur elle sur le plan symbolique par le jeu. Bien souvent les dénouements qui s’opèrent dans le bac finissent par se produire dans le réel. En parallèle, la succession des histoires que produit le consultant favorise l’émergence de la dynamique archétypique du Soi qui le conduit naturellement au fil des séances vers la rémission.


En résumé, le Jeu de sable est un mode de guérison symbolique parce que le consultant crée des mondes personnels en choisissant plus ou moins inconsciemment des objets qui donnent vie à certains éléments de son psychisme (acte de symboliser). Ces reflets du monde intérieur du consultant, soutenu et accompagné par le thérapeute, favorisent, d’une part, la compréhension et la guérison de ses blessures et, d’autre part, la découverte et l’intégration de ses contenus inconscients lumineux, ressources et potentiels enfouis au plus profond de lui-même.


Particularités du dispositif


Le dispositif comprend trois principales particularités :


Le bac : est généralement conçu en bois avec des dimensions correspondant aux champs de vision d’une personne : (longueur 75  cm x largeur 50  cm x hauteur des bords 7  cm). L’intérieur du bac est peint en bleu clair de manière à faciliter la représentation des éléments eau (mer, lac, rivière, etc.) et air (ciel, horizon, firmament, etc.). Le bac, grâce à ses bords et à ses dimensions particulières, fait fonction de contenant psychique lors du temps de la séance.


Le sable : est naturel et provient de bords de mer, car celui-ci a la particularité de pouvoir être travaillé aussi bien sec que mouillé. Le sable représente une prima matera d’exception, il invite dans la majorité des cas le consultant à se laisser aller à l’improvisation.


La collection d’objets : se compose de personnages (hommes, femmes et enfants de tous âges et de différentes origines), d’animaux (domestiques et sauvages), de moyens de transport (aériens, terrestres, ferroviaires et maritimes), d’éléments et édifices architecturaux (maisons, ponts, clôtures, routes, etc.), d’éléments naturels (arbres, fleurs, coquillages, pierres, bois, etc.), de figurines historiques, mythologiques et fantastiques, de petits objets et symboles relatifs à différents aspects de la vie (vie quotidienne, arts, sports, religions, spiritualités, etc.) et enfin, de divers matériaux transformables pour permettre au consultant de fabriquer l’objet qui manque et dont il a besoin (terre glaise, papier, carton, morceau de bois, ficelle, etc.). Selon les cas de figures rencontrés, les objets peuvent être rangés par catégories dans un meuble dont le contenu de chaque tiroir est révélé grâce à une étiquette collée sur sa façade. Ils peuvent aussi être exposés sur des étagères, dans des boîtes posées sur le sol ou sur des tables. Plus la collection d’objets est diverse et variée plus les possibilités d’expression sont importantes. Cependant, on peut très bien démarrer sa pratique avec un échantillon d’objets réduit à l’essentiel.


Pourquoi danser fait du bien au moral ?

Entretien paru le 02 juin 2019 dans le journal Ouest-France
 Propos recueillis par Audrey Guiller

Illustration de Charles Dutertre
Résumé de l'entretien : Le mouvement, le sentiment de se réapproprier son corps, celui de le raccorder à son esprit et à ses émotions procurent beaucoup de bien-être.
Audrey Guiller


Ouest-France - Pourquoi danser procure du bien-être ?

Matthieu Mares - Être en mouvement nous décentre. Les neurosciences montrent que lorsque nous sommes à l’arrêt, notre activité cérébrale est surtout d'ordre intellectuelle. On rumine des pensées. Lorsqu’on marche et encore plus lorsqu’on danse, l’activité se délocalise vers le cerveau limbique : on passe du raisonnement à l’émotionnel. Ce lâcher-prise intellectuel apporte du bien-être. Comme un exutoire, danser nous fait oublier nos problèmes, on se laisse aller au spontané.

Ouest-France - Que se passe-t-il dans le corps ?

Matthieu Mares - En dansant, on revient à soi-même. On sent plus que d’habitude qu’on habite son corps, on va à sa rencontre, on se le réapproprie. Et c’est agréable. Car cela donne un sentiment d’ancrage, de verticalité. En silence, sans effort, on prend sa place. On se sent au centre de sa vie. Danser nous fait aussi renouer avec un mouvement très naturel. Regardez un petit enfant qui entend de la musique : instinctivement, il se balance. Dès notre vie intra-utérine, nous sommes pétris de sons et de rythmes organiques inscrits en nous. Quand on s’y reconnecte via un moment de danse, on ressent une énergie vitale.

Ouest-France - Le bien-être est-il physique ou mental ?

Matthieu Mares - Sa particularité est justement d’être au carrefour des deux. La danse nécessite de se connecter en même temps à son corps, à ses émotions et à ses pensées. C’est cette sensation de réunification qui nous fait du bien. De plus, la danse est souvent une activité partagée avec d’autres. On a donc le sentiment d’être soi dans le cadre d’un groupe, dans la rencontre et l’échange. Cela fait grandir.

Ouest-France - Et si on ne sait pas danser ?

Matthieu Mares - Il ne faut pas se laisser impressionner par la technique. Tout le monde sait danser. Il y a mille façons de le faire et chacun a son propre rythme, sa façon personnelle de s’accorder à une musique. Faites-vous confiance ! Quand on ressent le besoin de danser, on peut chercher un groupe ou un cours. Mieux vaut prendre le temps d’essayer et de s’écouter pour trouver le style de danse et l’atmosphère qui nous conviennent. On peut aussi se lancer seul, chez soi, peu à peu. Par exemple, on ferme les yeux, on s’assoit confortablement au sol, on respire et on laisse venir les mouvements spontanés, de la tête, des bras. Comme un animal qui sortirait de son terrier après une hibernation. Au fil du temps, on ajoute une musique qu’on aime et on se laisse aller.

Pourquoi danser rend-il plus heureux ?

Émission On est fait pour s'entendre diffusée le 06 avril 2018 sur RTL
 Animée par Flavie Flamant

Résumé de l'émission : Salsa, slow, tango, rock, charleston, valse, cha-cha, rumba, reggaeton... Pratiquer en groupe, à deux ou en solo, la danse, qui redevient une pratique tendance depuis quelques années, présente de nombreux bienfaits tant sur le plan physique que sur le moral. Elle sollicite en effet le corps et l'esprit pour mieux nous faire ressentir l'instant présent et nous connecter aux autres et à nous-mêmes. Danser est un moyen de lâcher prise, de s'exprimer, de s'amuser, de se défouler voire de se sentir pleinement vivant. Le bonheur peut-il se cacher dans un pas de danse ? Est-il nécessaire de maîtriser la technique pour en apprécier les bénéfices ? 

Go dancing !

Interview parue en janvier 2014 sur le site internet REZOZEN.COM
Propos recueillis par Myriam Morisseau

J’ai rendez-vous avec Matthieu Mares pour la seconde fois ! Je suis ravie d’être en sa compagnie, j’ai rarement rencontré une personne qui affiche un tel calme intérieur sans ostentation. Ici, dans son cabinet règne un certain attachement aux choses simples, essentielles et profondes. Comme moi, vous comprendrez rapidement que le leitmotiv de Matthieu Mares, praticien diplômé en danse-thérapie et en psychothérapie analytique, c’est l’accueil et dans ses différentes formes.
Myriam Morisseau
 

REZOZEN - Matthieu vous venez du domaine de la danse, quelle a été votre approche du métier de thérapeute ?
 
Matthieu Mares – Elle s’est faite assez naturellement je dois dire. Quand j’étais adolescent, dans un atelier de danse classique, participait une jeune fille avec des troubles autistiques qui avait un vrai désir de danser. Je la voyais très en rythme, souvent plus que moi dans ce cours qui n’était pas « adapté ». A l’époque je me voyais m’orienter vers la pédagogie et là, l’idée qui m’est venue était : « Plus tard, lorsque je serais prof, j’inventerai une méthode d’accès à la danse pour les personnes en situation de handicap ». J’ai découvert ensuite que la danse-thérapie existait. C’est ainsi que, à la suite de mes études de danse contemporaine, je me suis formé parallèlement à la danse-thérapie. J’ai abandonné ma carrière de danseur pour me consacrer entièrement à cette discipline qui est très « remuante » émotionnellement. Je me suis donc également formé à accueillir ce qui en émanait avec un cursus universitaire européen en sciences psychothérapeutiques (SFU-Paris).
 
REZOZEN - Vous aborder votre métier de deux façons très distinctes : la partie thérapie analytique en cabinet et la partie découverte de soi à travers le mouvement au studio de danse. Quels sont les ponts entre ces deux disciplines ?
 
Matthieu Mares – En pratiquant ces deux disciplines, je trouve un équilibre et finalement je ne m’arrête jamais d’être en mouvement. Que ce soit en mouvement avec le corps pendant la danse-thérapie ou en mouvement avec l’esprit par la psychothérapie, pour moi c’est la même chose et c’est ce que je cherche justement à partager avec les personnes ; comment remettre du mouvement en soi ! Par ailleurs, je constate, avec les personnes suivies en danse-thérapie et en même temps en accompagnement individuel, une très nette évolution. On voit comment que ce qui se libère en cabinet, en face à face en thérapie analytique, a un impact sur le mouvement. Et inversement, comment, pendant l’atelier de danse-thérapie, la prise de conscience par le mouvement influe sur la pensée dans un second temps.
 
REZOZEN - Les barrages corporels levés, s’expriment-ils dans une nouvelle souplesse de l’esprit ?

Matthieu Mares – C’est toujours l’horizon recherché ! Et c’est tout le bien que je souhaite aux personnes qui viennent jusqu’à moi, puisque dans mon parcours personnel, c’est cette prise de conscience qui m’a le plus aidé. Il existe différents chemins, tout n’a pas besoin d’être nommé ou symbolisé. Parfois, le fait d’avoir vécu l’expérience par le mouvement va permettre de laisser les choses décanter et la pensée va suivre naturellement. Dans d’autres cas, il y a un besoin de s’arrêter, de se remémorer ce que l’on vient de vivre, de le comprendre, de mettre des mots, de laisser émerger les mots et les symboles. Voilà une façon d’arriver à la prise de conscience. C’est pour cela, qu’à chaque fin d’atelier, il y a un temps de parole et d’échange où chacun prend le temps d’exprimer ce qui lui vient, ce qu’il a envie de partager de lui et de son expérience. Quand il y a des blocages ou des incompréhensions, je me permets d’intervenir et de partager une hypothèse de sens.
 
REZOZEN - Vous pratiquez également durant vos ateliers, une forme de méditation. Comment amenez-vous ce temps dans la pratique ?
 
Matthieu Mares – Ça a commencé alors que je percevais que les gens ne dansaient pas leur propre mouvement, leur propre danse intérieure. Ils étaient davantage dans une danse où on copie ce que l’on voit, sans se mettre en mouvement à partir de soi. Un jour j’ai commencé par animer une relaxation, et depuis, il y a pratiquement 5 ans, ça ne s’est jamais arrêté. C’est donc avec l’idée d’aller toucher son mouvement intérieur, que tous les ateliers commencent par une relaxation en mouvement dont la dénomination change selon les thèmes abordés et les effets recherchés.

Ce peut être une relaxation inspirée : d’un mouvement anatomique, d’un mouvement physiologique, d’un mouvement émotionnel, d’un mouvement de pensée, d’un mouvement d’imagination… A partir de là, on s‘éveille au mouvement, on l’amène à la surface, dans l’espace et dans l’échange avec le groupe. Le terme que je trouve plus juste pour évoquer ce temps, c’est le mot recueillement. On se recueille sur soi-même sans perdre pour autant de sa capacité de réceptivité. On est avec soi, avec le moment présent, avec le groupe et, en partant de cela, avec le monde. C’est au sein de ce temps passerelle – ni tout à fait dedans, ni tout à fait dehors – de cet espace de discernement et des possibles, qu’on arrive à toucher quelque chose de nous-mêmes. Et c’est à partir de là, qu’on se met naturellement en mouvement. Je constate très bien depuis ce protocole que le mouvement des participants, leur danse est vraiment intime et singulière.
 
REZOZEN - Comment choisissez-vous vos thèmes d’explorations ?
 
Matthieu Mares – C’est important de lier les séances qui s’enchainent de façon hebdomadaire ou bimensuelle. Au départ, il y a toujours un court temps de parole au cours duquel je pose la question : « Voilà : avec quoi venez-vous aujourd’hui ? Qu’est-ce qui vous reste de la séance dernière ? ». Et ça me permet là déjà de pouvoir discerner si les personnes ont fait le lien, si d’autres choses ont évolué et comment. Dans les ateliers hebdomadaires, ce sont les membres du groupe qui amènent les thèmes, moi, je viens les mains dans les poches : c’est pendant ce temps de prise de contact que le thème émerge, soit en continuité de la séance précédente, soit en opposition, parce qu’il y a besoin d’aller explorer autre chose, d’aller visiter les contraires.
 
REZOZEN - Avez-vous un exercice pour nos lecteurs, quelque chose qui facilite le mouvement et qui soit facilement réalisable ?

Matthieu Mares – Oui, j’ai une proposition d’exercice qui peut être partagée, expérimentée, qui est proche de la méditation. Puisque la méditation par définition n’est pas répétitive, l’exercice n’est jamais deux fois le même et peut se faire indéfiniment. Seules ou en groupe, j’invite les personnes qui vont lire cet interview à aller découvrir leur essence du mouvement, à aller à la rencontre de leur mouvement intérieur, de leur petite danse en devenir. Se mettre en condition, ça peut se faire par terre, au sol, dans leur lit… se mettre dans un espace dans lequel on se sent bien, détendu. Et se recueillir sur soi, fermer les yeux, respirer… accueillir les images, les pensées, les sensations, tous ce qui émerge de soi et tout ce qu’on perçoit du monde extérieur : les bruits, l’espace, la température de l’air… A partir de là, spontanément, se laisser aller au mouvement qui vient, aussi petit soit-il, même si c’est le mouvement d’un doigt, d’un orteil, simplement de la tête qui roule, d’une épaule, d’une articulation. Se laisser aller à ce mouvement et le suivre, se faire confiance… le suivre… Puis le laisser évoluer dans l’espace, sans jugement, sans chercher à faire quoi que ce soit. Simplement accompagner ce qui se présente à nous par le mouvement.
 
REZOZEN - Matthieu, vous avez un livre à nous proposer, un livre qui vous accompagne dans votre vie de tous les jours ou qui vous a marqué ?
 
Matthieu Mares – Oui, il y en a beaucoup, mais celui qui m’a profondément marqué et qui a teinté la vision de mon métier de thérapeute, c’est le livre du docteur Jean-Pierre Muyard, Pourquoi tombons-nous malades ? C’est un livre qui traite du lien entre le corps, l’esprit, l’âme et les courants actuels de la médecine, de la psychosomatique. Comment étaient perçues les maladies dans l’Antiquité ? Que nous a permis la révolution médicinale du XXème siècle ? Tout au long du livre, c’est ce lien entre hier et aujourd’hui, qui nous amène à comprendre et à amorcer l’avenir. Dans le domaine médical, on voit bien qu’il a une impasse aujourd’hui et on a besoin de revenir aux fondamentaux des civilisations antérieures plus spirituelles et davantage orientées vers l’unité de la personne. Cet ouvrage continue chaque jour de m’inspirer.

De l'Art Brut à la Danse-Thérapie

Interview parue en décembre 2013 dans la revue LA LETTRE DE L'UNAFAM PARIS
Propos recueillis par Florine Vincent-Deaurville

La danse permet de comprendre la profonde interdépendance du corps et de la pensée. L’équilibre fragile en est mis à mal lors de troubles psychiques. Le corps réagit alors comme une boussole déréglée, comme une planète sortie de son orbite, perdant le sens du rythme, du mouvement … Comment la danse-thérapie dont les racines puisent dans l’histoire de toute l’humanité, ne serait-elle pas alors une source de soins primordiale en aidant le retour à l’unité de l’être, en prenant, entre autres, comme axe de son processus, la quête de ce côté « brut « de l’humain ? La Lettre a eu le plaisir de s’entretenir avec Matthieu MARES. A l’origine danseur, il s’est très vite intéressé à la dimension thérapeutique de la danse. Danse-thérapeute formé au courant issu de la danse contemporaine et au contact des influences et des outils propres à la danse-thérapie actuelle. Il exerce son activité à Paris en institutions hospitalières et sociales et en groupes ouverts.

Florine Vincent-Deaurville

 
La Lettre - Dans un dossier où une place de choix est conférée à « L’ Art Brut », est-ce possible d’établir une relation entre art brut et art-thérapie ?
 
Matthieu Mares – Je m’interroge… Pourquoi l’art brut dans ce qu’il a de brut ne pourrait-il pas faire partie du processus en art-thérapie, en danse-thérapie ? Ce qu’on cherche dans cette forme de thérapie, ce n’est pas la production, la finalité, l’aboutissement d’une œuvre, c’est l’expression… De manière à laisser apparaître quelque chose de l’intime et ce, par le pouvoir d’un media autre que la parole.
 
La Lettre – Pendant les ateliers de danse- thérapie, de quelle manière ce côté brut de l’humain peut-il être perçu ?
 
Matthieu Mares – Nous sommes amenés à y exprimer, manifester quelque chose de profond qui vient de nous, quelque chose qui serait authentique, singulier, unique à chacun, par opposition à ce qui est codifié…
 
La Lettre – Codifiée, n’est-ce pas ce qu’est la danse classique en France depuis le 17ème siècle ? Dans les opéras, les ballets, elle est tenue en rênes par des chorégraphies réglées d’avance laissant peu de place à une expression personnelle profonde.
 
Matthieu Mares – Il a fallu attendre le début du 20ème siècle et le courant où Isadora Duncan a pris place pour revenir à un mouvement naturel qui a donné naissance à la danse moderne, à la danse contemporaine.
 
La Lettre – Pour en revenir au point de rencontre entre brut et thérapie…
 
Matthieu Mares – Dans les ateliers de danse-thérapie que j’anime, ce que j’appelle l’essence de la danse c'est à dire cette danse intérieure que tout le monde possède et est capable d’exprimer, d’explorer, cette essence m’apparaît comme profondément thérapeutique et brute. Quiconque peut, hors de toute contingence culturelle, faire l’expérience de sa danse personnelle dans un monde où, aujourd’hui, la danse classique, la danse jazz, la danse contemporaine ont acquis leur propre culture.
 
La Lettre – Dubuffet a défini l’art brut comme « un art dégagé de toute culture exercé par des personnes le tirant de leur propre fonds … »
 
Matthieu Mares – La culture opprime le « brut » et ce brut que nous tirons de nous paraît émerger paradoxalement d’un domaine qui nous est étranger. Oui ! On peut opposer brut et culture… Brut, c’est l’absence de formes, de structures. La culture, elle, a des structures.
 
La Lettre – Les danses dites primitives faisant appel à un passé immémorial de l’homme, ont un fond naturel pas « contaminé » par la culture et témoignent cependant d’une certaine organisation…
 
Matthieu Mares – En effet ! Dans ce type de danse, on s’aperçoit que, même si le mouvement n’est pas codé, la danse est ritualisée. Ce recours à un rituel paraît justement créer, à mon sens, une passerelle entre cet héritage lointain et le temps présent. Comme c'est le cas avec la reviviscence des arts-thérapies.
 
La Lettre – Quel type de place accordez-vous à cette notion de rituel dans vos ateliers de danse-thérapie ?
 
Matthieu Mares – Accéder au matériau brut au fond de nous-mêmes implique un processus thérapeutique que l’on pourrait appeler rituel tout aussi bien…
 
La Lettre – Et comment avez-vous procédé dans vos ateliers pour mettre en place votre propre processus thérapeutique ?
 
Matthieu Mares – Pour citer un exemple tiré de mon expérience personnelle d’art-thérapeute, je me suis aperçu, lors d’animations d’ateliers, que les participants ne dansaient pas « leur » danse mais reproduisaient ce que je présentais ou se reproduisaient les uns les autres ! Pour l’obtenir, il m’est alors venu l’idée de commencer mes ateliers avec ce que j’aime à appeler une « relaxation méditative », un temps de « recueillement »…
 
La Lettre – Le recueillement évidemment facilite l’accès à cette partie brute au fond de nous-mêmes mais dans un groupe de danse-thérapie, le rapport aux autres s’en ressent-il ?
 
Matthieu Mares – Dans cette phase qui occupe la première partie des ateliers que j’anime, les participants vont d’abord être attentifs à leur mouvement intérieur, à leur danse intérieure qui les amène petit à petit à la surface, dans l’espace qui les entoure, qui leur est proche, les emmène au groupe, les emmène au monde dans un mouvement de déploiement…

La Lettre – Comme une fleur de lotus ?
 
Matthieu Mares – J’aime prendre en image la fleur qui s’ouvre, le bourgeon qui éclot en continu sans qu’à l’œil on s’aperçoive de ce déploiement…
 
La Lettre – L’obtenir de tous les participants n’est pas évident…
 
Matthieu Mares – Il faut qu’il y ait unité. C’est dans l’unité qu’on se déploie. Comment se vivre en unité ? C’est elle que je m’efforce d’amener dans mes groupes. Je remarque beaucoup que les personnes qui viennent à moi ont une difficulté à se sentir unies, à ressentir leur corps, à percevoir le lien entre le pied et la main. Elles paraissent désunies, dissociées, pas assemblées.
 
La Lettre – La danse-thérapie va donc les aider…
 
Matthieu Mares – Le mouvement va leur permettre de se relier, de se relier à eux-mêmes, de se relier au monde. Une image est parlante : celle des enfants qui apprennent à dessiner en reliant des points un à un. Au début, le dessin n’est pas visible et comme par magie, à la fin, quand les derniers points sont assemblés, il apparaît uni, unifié. Dans mes ateliers, la démarche est quelque peu identique. Les participants y arrivent désunis psychiquement et corporellement et petit à petit, au cours de la séance, des séances, ils se relient point par point.
 
La Lettre – L’effet bénéfique du mouvement corporel sur l’équilibre mental n’est plus mis en doute…
 
Matthieu Mares – Ce que je remarque souvent, c’est l’effet thymoanaleptique, antidépressif de la danse-thérapie. Les personnes viennent aux ateliers accablées, opprimées, mal avec elles-mêmes et en ressortent avec un sentiment de plaisir, de joie retrouvée qui, selon moi, provient de cette réunification corporelle et psychique. Ce sentiment est quasi systématique avec une durée de quelques heures, quelques jours au début d’où l’intérêt d’entamer un processus sur plusieurs séances, sur plusieurs mois, voire une année, plusieurs années dans certains cas.
 
La Lettre – La pratique régulière de cette thérapie paraît essentielle…
 
Matthieu Mares – C’est en pratiquant notamment toutes les semaines, en ritualisant régulièrement ce contact avec soi - j’aime parler de moment extraordinaire dans le sens de moment extra-quotidien - que les effets deviennent plus pérennes, durent dans le temps. L’important, à chaque atelier de danse-thérapie, c’est la présence de cet effet de bien-être tant physiologique que psychologique. Après, la thérapie proprement dite demande forcément du temps, un déroulement dans le temps, un enchaînement, une succession d’expériences… Comme je le dis souvent aux participants : « Le temps fait partie du processus… ».

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