« Il incombe au thérapeute d’identifier ces forces et de les protéger dans leur développement, comme le ferait le gardien d’un bien précieux. »
Dora Maria Kalff
Le Jeu de sable, son action thérapeutique sur la psyché
Détails d'un Jeu de sable, Paris, France, 2017, © NP.
Thérapie par le Jeu de sable
Au cours d’une thérapie, il arrive que la parole se fasse rare, notamment face à une difficulté qui semble insurmontable ou à un affect trop douloureux pour être formulé. Dans ces moments, le Jeu de sable peut constituer un appui précieux. Il offre une autre voie d’expression, plus symbolique et non verbale, permettant de relancer le mouvement intérieur lorsque les mots ne suffisent plus.
À travers le choix des figurines, leur disposition dans le bac de sable et la scène qui prend forme, le sujet donne une expression concrète à des contenus psychiques parfois confus, enfouis ou difficilement accessibles. Cette création devient alors un espace intermédiaire : ce qui était vécu intérieurement peut être déposé, observé, mis à distance, sans être immédiatement expliqué ni interprété.
La scène réalisée permet ainsi au sujet de rencontrer autrement ses éprouvés, ses conflits ou ses images intérieures. En les extériorisant, il peut progressivement s’en dégager, les transformer et renouer avec une capacité de représentation. Le Jeu de sable ouvre un espace où l’inconscient peut se manifester sous une forme imagée, vivante et créatrice.
Le thérapeute accompagne ce processus par sa présence attentive, son écoute et ses interventions mesurées. Il ne s’agit pas de diriger la création, mais de soutenir le mouvement symbolique qui s’y déploie. À travers ses productions, le sujet peut alors engager un travail d’autotransformation, en laissant émerger ce qui cherche à prendre forme en lui.
Origines
Le Jeu de sable trouve ses racines dans les travaux de la pédiatre et psychiatre britannique Margaret Lowenfeld — 1890-1973 — qui développa, dès la fin des années 1920, une approche thérapeutique originale destinée aux enfants : le Jeu du monde, ou World Technique. Cette méthode permettait à l’enfant de construire, à l’aide de figurines et de matériaux variés, un monde en miniature dans un espace délimité, offrant ainsi une voie d’expression symbolique lorsque la parole ne suffisait pas.
À la fin des années 1950, la thérapeute suisse Dora Maria Kalff — 1904-1990 — reprend et approfondit cette pratique. Formée à la psychologie analytique de Carl Gustav Jung — 1875-1961 — elle y intègre les notions d’inconscient, de symbole, d’archétype et de processus d’individuation. Elle s’inspire également de certaines philosophies orientales et de pratiques méditatives, accordant une place centrale à la qualité de présence du thérapeute et à la dimension contenante de l’espace thérapeutique.
C’est ainsi que naît la Thérapie par le Jeu de sable, ou Sandplay Therapy. Dora Maria Kalff en fait une méthode à part entière, fondée sur la création libre de scènes dans un bac de sable, où les images intérieures peuvent se déployer sans être immédiatement traduites en mots. Le sable devient alors un espace symbolique, à la fois concret et imaginaire, dans lequel le sujet peut donner forme à ce qui cherche à émerger de sa vie psychique.
En quelques mots...
À l’aide du sable, de l’eau et de diverses figurines, le sujet est invité à donner forme à ses images intérieures dans un « espace libre et protégé », délimité par les contours du bac de sable et soutenu par la présence contenante du thérapeute.
Dans cet espace à la fois concret et symbolique, ce qui ne peut pas toujours se dire peut se représenter autrement. Les scènes créées deviennent l’expression d’un monde intérieur en mouvement : blessures, conflits, peurs, désirs, mais aussi ressources, élans de transformation et potentialités encore enfouies.
Accompagné par le thérapeute, le sujet peut progressivement observer, reconnaître et intégrer ce qui émerge de ses productions. Le Jeu de sable favorise ainsi une rencontre avec l’inconscient, tout en ouvrant un chemin possible vers l’apaisement, la compréhension de soi et la mobilisation de ressources profondes.
Comment se déroule une séance ?
La séance se déroule dans un cadre calme et sécurisant, où le sujet est invité à entrer en contact avec le sable, à le toucher, à le modeler, à en éprouver la matière. Ce premier temps permet souvent d’ouvrir un espace de disponibilité intérieure, avant même que les mots ne soient nécessaires.
Le sujet choisit ensuite librement, parmi une collection de figurines et d’objets variés, ceux qui l’attirent ou s’imposent à lui. Il les dispose dans le bac de sable selon son mouvement propre, sans consigne de résultat ni recherche esthétique particulière. Peu à peu, une scène prend forme : image symbolique, paysage intérieur, mise en espace d’un conflit, d’un affect ou d’un mouvement psychique encore difficile à formuler.
Cette création constitue une passerelle entre le conscient et l’inconscient. Elle permet à des contenus profonds de se manifester sous une forme concrète, visible et partageable, tout en respectant le rythme du sujet.
À l’issue de ce temps de création, un échange peut s’ouvrir. Le sujet est invité, s’il le souhaite, à exprimer ses ressentis, ses associations ou ses réflexions autour de la scène réalisée. Le thérapeute accompagne ce moment avec attention, sans imposer d’interprétation, en soutenant l’émergence du sens et les prises de conscience possibles.
Formation
L’Institut du Jeu de sable a été fondé en 2020 par Matthieu Marès, avec le souhait de faire connaître et de transmettre en France l’approche thérapeutique du Jeu de sable, encore relativement peu développée dans le paysage francophone.
L’Institut propose une formation initiale et continue destinée aux professionnels désireux d’intégrer cette médiation symbolique et non verbale à leur pratique clinique. Son enseignement s’inscrit dans la continuité des travaux de Dora Maria Kalff, fondatrice de la Sandplay Therapy, ainsi que de ceux qui ont poursuivi et enrichi son héritage.
Tout en demeurant fidèle aux fondements historiques et théoriques du Jeu de sable, l’Institut inscrit son action dans les enjeux cliniques contemporains. Il vise ainsi à transmettre une pratique vivante, rigoureuse et actuelle, attentive à la profondeur du processus psychique autant qu’aux besoins des praticien·ne·s d’aujourd’hui.

